Films Dossier

Faire ses classiques du cinéma dans un ordre qui donne envie de continuer

Commencer par les films les plus importants est la meilleure façon d’abandonner. Il existe un ordre plus doux, qui construit le regard au lieu de l’intimider.

TF Thomas Ferrand Journaliste culture

Publié le 3 min de lecture

Salle de cinéma vue depuis les fauteuils
— Photo Tima Miroshnichenko / Pexels

« Je devrais voir plus de classiques. » L’intention se heurte presque toujours au même mur : on commence par un film unanimement considéré comme majeur, on le trouve lent, on se sent bête, et l’on arrête.

Le problème n’est pas le film. C’est l’ordre.

Pourquoi commencer par les chefs-d’œuvre ne fonctionne pas

Un film important l’est souvent pour des raisons historiques : il a inventé une manière de filmer, de monter, de raconter. Sans le contexte, cette invention est invisible — elle est devenue la norme de tout ce qu’on a vu depuis.

Regarder un film fondateur sans repères, c’est écouter une chanson qui a créé un genre après avoir écouté cinq cents chansons de ce genre. Elle paraît banale, alors qu’elle est la source.

Le principe : remonter le temps par petits pas

Plutôt que de sauter cinquante ans en arrière, remontez par décennies, en partant de ce que vous aimez déjà.

Méthode en trois étapes :

  1. Prenez un film récent que vous avez aimé.
  2. Cherchez ce qui a inspiré son réalisateur — les entretiens en parlent presque toujours.
  3. Regardez ce film-là. Puis recommencez.

En cinq étapes, vous êtes dans les années 1960, sans jamais avoir eu la sensation de faire vos devoirs.

Trois portes d’entrée qui fonctionnent

Par le genre que vous aimez déjà

Si vous aimez les films de braquage, remontez la filiation des films de braquage. Le plaisir est immédiat parce que les codes vous sont familiers, et vous voyez d’où ils viennent.

Par le réalisateur d’un film que vous avez adoré

Le prédicteur le plus fiable qui existe. Un réalisateur dont un film vous a marqué a de fortes chances de vous en offrir trois autres.

Par une année

Choisissez une année et regardez quatre ou cinq films sortis à ce moment-là, dans des genres différents. C’est la méthode la plus instructive : on comprend une époque bien mieux qu’en isolant des chefs-d’œuvre.

Les obstacles réels, et comment les passer

Le rythme. Le montage a énormément accéléré. Un film de 1975 laisse durer les plans. Ce n’est pas de la lenteur, c’est un autre contrat : on vous laisse regarder.

Le noir et blanc. L’obstacle disparaît en un quart d’heure. Si ce n’est pas le cas, commencez par des films en couleur — il y en a beaucoup.

Le jeu d’acteur. Les conventions ont changé, en particulier avant les années 1950. Commencez plus tard dans le siècle si cela vous gêne, et remontez ensuite.

Le doublage. Préférez systématiquement la version originale sous-titrée pour les films anciens : les doublages d’époque ont souvent mal vieilli, et le son y est retravaillé au détriment de l’ambiance.

Ce qu’il ne faut surtout pas faire

  • Suivre une liste des « 100 films à voir ». Elle transforme le plaisir en obligation, et l’ordre alphabétique n’a aucun sens pédagogique.
  • Regarder un film important en faisant autre chose. Ces films ont été conçus pour une salle obscure ; ils ne survivent pas à une écoute distraite.
  • Se forcer à finir. Si un film ne prend pas au bout de quarante minutes, arrêtez et notez-le pour dans cinq ans. Certains films demandent un âge.

Le vrai bénéfice

Il n’est pas culturel, il est pratique : plus vous voyez de films anciens, plus vous appréciez les films récents. Vous repérez les citations, vous comprenez les choix de mise en scène, vous distinguez ce qui est audacieux de ce qui est habituel.

Autrement dit, faire ses classiques n’est pas un devoir de mémoire. C’est un investissement dans le plaisir de tous les films à venir.

Sujets #Films #Loisirs
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L’auteur

TF

Thomas Ferrand

Journaliste culture

Thomas passe beaucoup de temps devant des écrans, pour de bonnes raisons. Il défend les recommandations argumentées : dire pourquoi un film mérite une soirée, et à qui il ne plaira pas.

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